Walls, peinture murale, 80x17 cm, 2015

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"La galerie idéale retranche de l'oeuvre d'art tous les signaux interférant avec le fait qu'il s'agit d'art. L'oeuvre est isolée de tout ce qui pourrait nuire à son auto évaluation" Mais qu'en est il du contexte qui lie extérieur et intérieur de la galerie, d'un marché capitaliste omniprésent dans la galerie qui paradoxalement semble neutre et désintéressée au premier abord de toute question économique ? Dan Graham met en valeur ce contexte social et économique dans ses "anti-oeuvres" journalistiques, qui reproduisent tout en s'intégrant ironiquement dans la revue, instance de promotion de l'art par excellence.

"L'une des toutes premières fonctions de la galerie est de dissocier l'artiste de l'oeuvre et de réquisitionner cette dernière pour le commerce" Brian O'Doherty 

 

Après avoir étudié les oeuvres pour pages de magazine de Dan Graham1 et le livre Inside the White Cube2, j'ai souhaité approfondir une remise en question des codes institutionnels du "white cube" comme emblême de la sacralisation de l'art. En mettant en lumière l'espace d'exposition qui devient oeuvre, je me place en héritière du modernisme car "à mesure que celui-ci vieillit, le contexte devient le contenu." L'objet introduit dans la galerie finit donc par encadrer la galerie et ses lois.  Dans la lignée de la pensée duchampienne et des conceptualistes des années 60, ce travail s'oppose à l'oeuvre d'art marchandise, sacralisée car introduite dans une espace intellectualisé par les conventions sociales et décontextualisé de son environnement temporel et spatial.  Grâce à un éclairage clignotant ou défectueux, il perturbe les perceptions du spectateur, le laissant à son rôle de fantôme errant dans la galerie dans laquelle seuls ses yeux et son esprit sont les bienvenus. Chaque mur est référencé et possède une valeur écrite en petit. Seule la valeur marchande reste. La représentation de l'oeuvre est réduite à sa plus grande simplicité, une prévision de l'oeuvre. Le mur, qui relève initialement "de la simple nécéssité pour un animal qui se dresse sur ses jambes", devient oeuvre référence d'une autre oeuvre, afin de mettre en lumière une sacralisation aliénante de l'art autant que du spectateur qui peut se sentir perdu, impuissant.  

Paradoxalement au fait qu'elle présente des valeurs, l'oeuvre n'est pas transportable. Elle ne présente pas de présence particulière et est reproductible et ironise finalement l'espace qu'elle met en valeur et qui participe à son rôle/statut d'oeuvre. A l'instar de One and three chairs de Joseph Kosuth, elle est réduite à son seul concept. Enfin, elle est éphémère, ironisant par sa destruction le caractère pérenne de l'art sacré.

 

1 Dan Graham, « My works for magazines pages » [1985] in Ma position. Écrits sur mes œuvres, Dijon, Presses du Réel, 1992 

2Brian O'Doherty, White Cube – L’espace de la galerie et son idéologie, JRP Ringier, Lectures Maison Rouge, 2008